10 mars 2010

Pourquoi j'ose enfin parler ?

enfance brisée

J'ai plus de 30 ans maintenant. Tout va bien, j'ai une vie "normale", un boulot "normal", je fréquente des gens "normaux". De temps en temps, je déprime un peu alors je sors avec mes copines et je bois quelques verres pour oublier mon vieux chagrin qui est enfoui tout au fond de moi mais qui ressort régulièrement...

En fait je me sens comme un joli vase brisé qu'on a bien recollé et bien remis en place sur sa jolie étagère, mais qui en fait est tout en morceaux, rafistolé, et parfois, les joints de colle se font un peu trop sentir...

Pour les gens de l'extérieur, je suis un modèle de réussite : Surdouée, scolarité avec un an d'avance, carrière sympa...

En ce qui concerne ma famille, c'est la que ça se gâte. Tiens, ça me fait penser à une réplique du film Blade Runner :

Holden : C'est un test fait pour provoquer une réponse émotionnelle. Est-ce qu'on peut continuer ? Décrivez en mots simples uniquement les choses agréables qui vous viennent à l'esprit. Au sujet de votre mère ?
Léon : Ma mère ? J'vais vous en parler de ma mère... (bang)

blade runner

Quand on subit des choses violentes, même si certaines d'entre elles sont à la limite de ce qui peut être humainement supportable, quand on est gamin, on est faible, et moi j'avais toujours tendance à me dire qu'il y a avait pire, que des enfants se faisaient tabasser et en mourraient parce qu'on le disait à la télé, que d'autres avaient des bleus que le docteur ou la maîtresse d'école voyaient... Moi je n'avais pas de bleus, j'avais juste tendance à saigner du nez un peu facilement quand je me prenais des baffes, et ça, ça ne se voit pas à l'école. Et le plus grave, c'est que ce dont j'ai le plus souffert, ce ne sont pas des coups , qui heureusement, à quelques exceptions près, étaient plutôt des gifles pour un oui pour un non, mais c'est de la violence psychologique, du sadisme, de la cruauté et de l'humiliation.

Pas étonnant que j'ai pensé très sérieusement à fuguer quand j'étais au collège, en 6ème-5ème... Seulement j'avais tellement peur des conséquences que je suis pas passée à l'acte.

Les articles de ce blog vous sembleront peut-être un peu décousus, c'est à dire que je ne vais pas forcément respecter un ordre chronologique, je vais peut-être parfois passer du coq à l'âne par association d'idées... Comme j'ai régulièrement des souvenirs qui me reviennent au sujet de choses que j'avais complètement oubliées, je me dis, "oh punaise, il faudrait vraiment que je le note pour ne pas l'oublier ce truc là !" Et voilà d'où m'est venue l'idée de ce blog. Je n'ai pas la technique pour écrire un livre, je pense que cela ne s'improvise pas, qu'il y a sûrement des règles à respecter, et je n'ai pas envie de faire de la littérature pour passer à la télé, je voudrais juste raconter ce que j'ai vécu pour les raisons suivantes :

1/ ça fait du bien ! (chez le psy que j'ai vu il y a une bonne dizaine d'années, j'ai passé je ne sais combien de séances à pleurer sans pouvoir parler, et dans ces cas là, croyez-moi, on se sent vraiment conne même si le psy est très gentil). Maintenant, je ne pleure plus, je peux le raconter sereinement.

2/ j'espère que ça va donner un peu d'espoir aux enfants et ados qui subissent des violences de parents abusifs et qui ne reçoivent l'aide de personne : On peut s'en sortir sans devenir fou ni tuer ses parents (cf Blade Runner ci-dessus !), j'en suis la preuve vivante ! L'être humain a une grande force en lui, il faut juste la contrôler pour construire et se reconstruire.

3/ j'espère plus que tout que les gens qui ont été complices car ils savaient mais n'ont jamais rien fait pour que cela cesse, et parce qu'ils ont fermé les yeux, vont se reconnaître et avoir HONTE. Les voisins, les amis de mes parents, certains profs qui ont bien eu des doutes, et le pire, certains membres de ma famille !!!!

4/ et j'espère que ça va m'aider définitivement à trouver la paix, et à finir de recoller tous les petits morceaux de mon joli vase :)

9 mars 2010

Les descentes dignes de la Gestapo le soir dans la chambre



"Prénom Nom", viens ici ! Braillait-elle en allumant la lumière à fond dans la chambre alors que ma sœur et moi étions endormies depuis un moment déjà... Je me levais en chemise de nuit encore à moitié endormie et terrorisée par la peur, car je savais, comme à chaque fois que ça allait être parti pour une bonne heure de hurlements, reproches, et de gifles, en pleine nuit, et qu'il allait falloir se rendormir après, toujours aussi terrorisée, car parfois, il y avait une deuxième descente ! Ben oui, c'est trop marrant de foutre la trouille deux fois de suite, hein !

Les raisons de ces crises d'hystéries hebdomadaires : J'avais mal rangé le linge dans mon placard, rangé des vêtements portés une fois avec des vêtements propres, mal plié les pulls, abîmé un pantalon en tombant et avoir voulu le dissimuler, mal rangé des papiers et des cahiers dans mon bureau... S'en suivait généralement une fouille en règle de mon cartable, au cas où il y aurait eu des choses compromettantes dedans (un petit mot d'un amoureux : sacrilège !), etc... Que des choses extrêmement graves quand on a entre 8 et 12 ans (je repère à peu près les dates à nos différentes maisons car nous avons beaucoup déménagé).

Je me demande comment j'ai pu éviter le bûcher ou la décapitation vu l'offense faite à la Reine-Mère !

Et le pire, c'est que chaque soir en me couchant, j'avais peur que ça recommence, j'avais peur TOUS les soirs ! Je me rends compte maintenant que c'était totalement inhumain ! J'aurais vraiment pu devenir folle ! Je ne sais pas comment j'ai supporté ça à cet âge là.*

*penser à vous raconter prochainement pourquoi très sérieusement à l'époque j'aurais préféré être orpheline plutôt que d'avoir ces parents là...

8 mars 2010

Les brimades de ma mère... à l'école !

hitler

Pas de bol, ma mère était institutrice, et bien sûr, je l'ai eue comme maîtresse en CE2. De toute façon, vu que j'ai été dans toutes les écoles où mes parents ont enseigné, forcément, je ne pouvais que me tenir à carreaux, car ils étaient au courant de tous mes faits et gestes par les autres maîtresses... Que du bonheur...

Ma mère avait une façon assez particulière d'enseigner, qui était, devinez quoi ? La terreur ! Ben oui, on ne change pas une bonne vieille méthode qui a fait ses preuves. Pour avoir la paix, on terrorise ses gamins à la maison et ses élèves à l'école, et on est toute puissante ! Trop cool !
Mais attention, hein, c'est subtil ! Pour ne pas avoir de problèmes avec les parents d'élèves, on fait la super faux-cul avec eux, et on est aussi parfois toute gentille avec les élèves, qui entre les humiliations et les aboiements quotidiens, sont tout contents quand ils ont enfin une parole gentille (ou une petite caresse, comme on donne à un vieux chien qui a plus l'habitude de se prendre des coups, et qui du coup, quand il a une caresse, vous adore jusqu'à la fin de sa vie!). Trop facile la manipulation des enfants, je vous dis !

Concrètement, quand on devait s'approcher de son bureau pour lui donner nos cahiers à corriger, elle aboyait : "ne mets pas tes mains sales sur mon bureau, reste là et attends ! "(à 1 mètre du bureau), parfois il y avait des variantes "tes mains de petit cochon", et les pauvres gamins, tout comme moi, attendions la sentence toute-puissante, en regardant par terre.

Et là, quand il y a avait des reproches, c'était comme à la maison, elle disait à ses élèves "baisse les yeux quand je te parle" ! Combien de fois j'ai entendu cette phrase à le maison, et quand j'ai été assez grande et assez courageuse, vers 15-16 ans, j'ai enfin pu la regarder en face, droit dans les yeux, en lui envoyant toute ma haine dans le regard sans broncher. Ah que c'était bien ! *

J'ai un petit souvenir bien humiliant qu'elle m'a infligé en pleine classe d'ailleurs : En CE2, comme j'avais un an d'avance, que j'étais surdouée, que j'étais la 1ère de la classe et que j'étais la fille de la maîtresse, j'accumulais les tares... Je ne faisais quasiment jamais de fautes dans les dictées, et un jour, elle me fait venir à son bureau comme les autres élèves au moment de rendre la copie, et là elle me dit "Prénom Nom", et un truc du genre : "ta dictée est minable, je suis très déçue, tu as fait une faute d'étourderie, c'est inadmissible", et pif-paf, deux baffes bien cinglantes sur les joues devant toute la classe médusée, et je suis retournée à ma place en ravalant mes larmes et ma haine. J'avais 7 ou 8 ans, et je m'en souviens comme si c'était hier.

Je la déteste. Quand je pense qu'elle passe pour une sainte auprès de ses ami(e)s et voisin(e)s, j'ai envie de vomir.

*Penser à vous raconter pourquoi cela a enfin été possible de soutenir son regard vers 15-16 ans ...

* Penser à vous raconter "caresse de chien, ça donne des puces"

7 mars 2010

La terreur de la confession

marc ryden

J'adorais aller à l'église quand j'étais petite ! Jusqu'à ma confirmation à peu près. J'allais au catéchisme, à la messe des enfants le mercredi et à la messe des grands le dimanche avec ma grand-mère. Ben oui, à l'église, tout le monde était gentil, le prêtre était génial, et c'était un endroit où je me sentais enfin en paix. Sauf que manque de bol, un ou deux mercredis par mois, je ne sais plus, il fallait se confesser,et là, c'était le drame.

J'avais environ entre 10 et 12 ans je crois. Ma mère me disait et me faisait répéter ce que je devais confesser au prêtre et, comme c'était des choses fausses ou très exagérées et que je pleurais car je ne voulais pas dire ça, elle me disait qu'elle vérifierait auprès du prêtre en lui téléphonant ou en allant le voir et qu'elle saurait si je lui avais tout bien dit. Bien sûr, je savais que la confession était secrète, le prêtre nous l'avais expliqué, mais je savais aussi que ma mère était très menteuse et falsificatrice et qu'elle pouvait faire croire n'importe quoi à n'importe qui. *

Je devais donc confesser que je n'avais pas voulu passer l'aspirateur parce que j'avais préféré aller jouer avec la voisine, que j'avais fait pleurer ma mère, que j'avais rechigné à faire le repassage et brulé "exprès" des vêtements en repassant, que j'étais insolente, désobéissante et que je faisais beaucoup de peine à ma mère. (Je fais une pause, car j'ai envie de vomir là...).

Et toutes sortes de choses aussi connes et apprises par cœur que je débitais au prêtre en chialant, tellement j'avais quand même peur qu'elle sache que je ne disais pas la vérité au prêtre...

Bizarrement, depuis l'age de 18-20 ans environ, j'ai beaucoup de mal à entrer dans une église sans être complètement submergée par l'émotion, s'il y a des chants religieux, c'est encore pire, je suis obligée de sortir tellement je pleure, c'est la honte...


* ne pas oublier de vous parler prochainement des lettres anonymes, grande spécialité de ma mère...